Gaston Fébus, le prince soleil / Une œuvre inachevée....(suite et fin)

Publié le par Patrimoine 65

Gaston Fébus, le prince soleil (voir 1ère partie)
Ecarter la menace anglaise....
Sollicité pour l'hommage par le Prince Noir, Febus le lui refusa pour le Béarn en demandant à ce dernier les preuves de ce lien de vassalité. Les archivistes anglais n'eurent guère de peine à trouver ces justificatifs mais Febus temporisa et se déroba pendant trois ans.

Il en profita pour améliorer l'efficacité de son administration de sorte que lorsque le Prince Noir franchit les Pyrénées pour intervenir dans la querelle dynastique de Castille, il passa en limite d'un Béarn sur le pied de guerre. Victorieux en Espagne, le fils du souverain anglais comptait bien mettre à raison ce vassal récalcitrant mais la maladie l'en empêcha.

Les soldes non versées par le roi de Castille entraînèrent la levée d'un impôt spécial en Aquitaine qui provoqua maintes révoltes affaiblissant irrémédiablement la position anglaise.
Mauvezin, clé de voûte d'une grande principauté pyrénéenne

Febus put, dès lors, moderniser la gestion de ses domaines en substituant une administration compétente et spécialisée à la vieille aristocratie terrienne. L'expansion économique liée à la paix et au développement commercial lui donna des ressources pour protéger ses terres par une densité de châteaux exceptionnelle.

Son objectif politique majeur était maintenant de raccorder ses terres de Bearn et de Foix en mettant la main sur la Bigorre et le Comminges. La Bigorre était passée théoriquement sous contrôle anglais après 1360. Elle était en réalité sous la coupe de Febus car les garnisons de Mauvezin et de Lourdes, les deux nids d'aigles de ce comté, lui étaient favorables.

La reconquête de la Bigorre et la prise de Mauvezin par l'armée royale du duc d'Anjou, au profit du comte d'Armagnac, contrarièrent évidemment ses projets.

La guerre contre l'Armagnac reprit donc et Febus assiégea et obtint la capitulation de son rival à Cazères.

Il récupéra le château de Mauvezin, d'une importance stratégique capitale entre Bigorre et Comminges. Ainsi, il allait pouvoir dans un premier temps entretenir un climat d'insécurité à partir de la garnison soi-disant anglaise de Lourdes qu'il manipulait, avant de proposer sa protection aux seigneurs et communautés de Bigorre et de Comminges. La possession de Mauvezin donnait une complète crédibilité à cette politique.

Pour conforter ce choix, il transforma le château en forteresse inexpugnable par la construction d'un énorme donjon-porte de 37 mètres de haut et en couronna les murailles de mâchicoulis.

Ainsi, en une dizaine d'années, il contrôla la Bigorre, la majeur partie du Comminges et du Toulousain, la Soule et la région de Bayonne.

Une œuvre inachevée....

En 1380, se produisit le drame qui jeta une ombre terrible sur la réussite exceptionnelle de Gaston Febus. Dans un accès de colère, il tua son fils unique qui aurait tenté de l'assassiner. Son héritier légitime était le bras d'un complot regroupant le roi de Navarre et des dignitaires béarnais...

La décision qu'il prit en 1390 de faire du roi de France son héritier universel contre une énorme somme d'argent n'était certainement pas dénuée d'arrières pensées. En effet, son alliance avec l'Angleterre, dans les mois qui suivirent, laissa bien entendre qu'il avait d'autres intentions. On peut supposer qu'il allait tout faire pour céder sa principauté de Béarn et ses autre possessions gasconnes à son fils bâtard Yvain mais la mort ne lui en laissa pas le temps...

Ce fut pour son cousin détesté Mathieu. Ainsi les Foix-Béarn parvinrent à conserver ses domaines puis à les accroître de génération en génération. Leur accession au trône de Navarre un siècle plus tard allait leur permettre de s'emparer ensuite de celui de France avec Henri IV.

Et ce grand seigneur, disparut à son tour...

Ses successeurs, toujours maîtres de ce château, allaient devenir rois. Rois de Navarre d'abord, avec toujours l'espoir de constituer ce grand royaume de part et d'autre des Pyrénées, rêve caressé par Gaston Febus... Vaine espérance, étouffé par ces trop puissants voisins de France et d'Espagne. Rois de France enfin avec celui qui mérita bien ces qualificatifs d'Henri IV le grand ou celui plus connu, de bon roi Henri," lo noste Enric", per tots les Gascons. En effet, lui seul parvint à mettre fin à cette terrible tragédie que furent les guerres de religion pour la France, mais plus encore pour notre région, au cours du dernier tiers de ce XVIème siècle. Durant cette période noire, le château fut aux mains d'une garnison protestante qui pilla les villes environnantes avant de tomber aux mains des catholiques qui utilisèrent le donjon primitif comme prison.

En 1607, la Bigorre et le château furent rattachés au royaume de France

Alors déclina cette forteresse, dépouillée lentement de ses pierres, surtout pendant la révolution. Alors déclina notre langue occitane qui, pourtant, a résonné dans ces murs durant un millénaire. Parlée du Val d'Aran espagnol aux vallées alpines italiennes et de l'Auvergne-Limousin à la Méditerranée, elle fut la plus brillante langue du Moyen-Age roman... Au début du siècle, un homme, Albin Bibal, et une association "l'EscÒle Gaston Febus" permirent de croire à un renouveau du château et de la langue, parlée par toute la population de Gascogne et d'Occitanie.

Bibal à ses frais, restaura le château afin de le rendre visitable, le sauvant ainsi d'une mort certaine. Il le céda à l'association qui a pour vocation de promouvoir la langue et la littérature occitane ainsi que la patrimoine de la Gascogne."L'EscÒla a accompli un travail d'édition considérable d'auteurs occitans anciens et modernes au cours de ce siècle.

Depuis une dizaine d'années, elle a investi des sommes très importantes, compte tenu de ses moyens modestes, dans la restauration de ce château et elle s'efforce de poursuivre cette réhabilitation grâce au concours de nombreux bénévoles. L'état a pris en considération la valeur de son travail en la reconnaissant d'utilité publique.

"Viscan longtemps aqueth castèth e'ra lenga nosta !"

Que vivent longtemps ce château et cette langue qui nous sont chers !

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